Immigration: des vérités qui dérangent

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Immigration: des vérités qui dérangent

#1  Postby MathieuT » Mar 02, 2011 11:54 pm

Immigration: des vérités qui dérangent

http://www2.lactualite.com/jean-francoi ... gent/7906/

Voici ce que disent, en conclusion, les auteurs du “Remède imaginaire“, qui vient de paraître:

L’immigration est un thème délicat et la simple idée de paraître “anti-immigrant” tétanise ceux qui doivent en parler.

Le démographe Guillaume Marois et le philosophe (en fait il est brillamment multidisciplinaire) Benoit Dubreuil ont décidé de braver la tétanisation en contredisant tous les lieux communs qui dominent depuis quelques années le discours public, et politique, québécois sur l’immigration.

Aujourd’hui dans La Presse, André Pratte leur donne parfaitement raison en répliquant que l’immigration est un “poison imaginaire”. Dubreuil et Marois l’ont-ils affirmé ? Non. Pratte doit d’ailleurs concéder ce point. Ce qui ne l’empêche pas de choisir ce titre pour stigmatiser la thèse.

Or, s’appuyant sur une documentation scientifique fouillée, les auteurs passent au hachoir des faits les présupposés ambiants. (transparence totale: Dubreuil fut mon adjoint au Cérium et à Politiquessociales.net)

L’immigration est un remède contre le vieillissement de la population québécoise ? Non. Il n’agit qu’à la marge. Enfant du baby boom, le vieillissement est pour l’essentiel inéluctable. Seul le prolongement du temps de travail au-delà de 60 ans permettra d’amortir, économiquement, le choc. Seule une hausse de la natalité permettra d’amortir, démographiquement, le choc.

Un remède, alors, pour les coffres des finances publiques permettant de soutenir une proportion croissante de retraités ? Aucune étude, aucun calcul ne permet de le croire. Si impact il y a, il sera plutôt négatif que positif, les difficultés d’intégration au marché du travail des immigrants faisant plutôt baisser la moyenne par personne des revenus de l’État.

Un remède, donc, pour l’augmentation de la richesse du Québec ? Augmentation, certes, de l’activité économique, car plus il y a de travailleurs/consommateurs, même pauvres, plus il y a d’économie. Mais pour la richesse moyenne de chaque Québécois ? Au contraire. L’immigrant moyen, et de manière croissante depuis les 30 dernières années, déprime la richesse moyenne plutôt que de la faire croître, même à long terme.

Un remède pour enrayer la pénurie d’emploi, qu’on nous annonce terrible, un trou de 700 000 emplois ? Voire. Accueillir 50 000 immigrants en un an, comme l’an dernier, équivaut à créer une banlieue deux fois grande que ma ville natale de Thetford Mines. L’arrivée de ces consommateurs créée des emplois : construction, bouchers, électriciens, service de garde, etc… Ce n’est qu’à la marge qu’ils occupent davantage d’emplois qu’ils n’en créent. Quelle marge ? Les auteurs citent des études qui parlent d’un rapport de 0,02% de recul d’emploi chez les non immigrants pour chaque 1% d’immigration en plus. Il faut donc 50 immigrants pour combler 1 emploi supplémentaire. Et pour la pénurie de 700 000 emplois dont on nous annonce imprudemment l’émergence ? Il nous faudrait 35 millions d’immigrants ! (Les auteurs contestent également ce chiffre stratosphérique d’emplois à combler.)

Évidemment, si on cible spécifiquement une pénurie d’emploi (infirmières) et qu’on fait entrer des infirmières dont on reconnaît les diplômes et l’expérience, on obtiendra un impact immédiat et réel. Ce en quoi les ententes de réciprocité professionnelles avec la France, si tant est que le solde est positif pour le Québec, pourront avoir un impact mesurable. L’augmentation générale des seuils d’immigration, non.

Le premier ministre Charest se vantait ces jours derniers de l’exploit que constitue l’arrivée au Québec l’an dernier d’un nombre record de 50 000 nouveaux arrivants. Des travaux de Marois et Dubreuil on peut conclure que cette augmentation aura certes des résultats, dont deux en particulier:

- Une augmentation des difficultés durables d’intégration à l’emploi, car la sélection des immigrants par Québec laisse entrer des candidats mal préparés au succès. Le Vérificateur général avait déjà, l’an dernier, mis en lumière les insuffisances de la sélection. Les deux auteurs vont plus loin et nous apprennent entre 1 000 autres chose que la “note de passage” appliquée aux demandeurs est nettement moins élevée (51% du pointage) au Québec que celle appliquée aux immigrants au Canada (67%). Autrement dit, nos voisins canadiens font un tri plus sérieux et accueillent des immigrants dont les chances de succès d’intégration sont meilleures.

- Un affaiblissement du français, en particulier à Montréal, car la composition linguistique de l’immigration tire constamment vers le bas la proportion de francophones. Moi qui suis de près ces choses, j’apprends dans ce livre que la proportion de résidents de l’île de Montréal ne parlant ni le français ni l’anglais à la maison, qui était de 12% en 1986, est de 20% en 2006.

Ce sont les deux seuls résultats mesurables. Et on veut davantage d’immigration ?

Remarquablement, les auteurs démontrent que la politique d’augmentation de l’immigration, décidée par Québec ces dernières années, ne s’est appuyée sur aucune étude étayant les bienfaits annoncés par le gouvernement. Au contraire, ils n’arrivent à trouver aucun spécialiste, consulté par Québec, qui ait offert un fondement scientifique ou économique quelconque à cette fuite en avant.

Ils trouvent évidemment, dans la presse et les déclarations politiques ou de lobbies, une reprise constante du discours selon lequel l’immigration est “essentielle” pour permettre au Québec de surmonter ses défis démographiques et politiques. L’existence de ce livre forcera tous les commentateurs et élus à réajuster leur discours en fonction du réel, ou alors de monter une preuve concurrente crédible.

Ou, pour reciter l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte:

voilà un gros pavé dans la mare. Ceux qui sont convaincus de l’utilité économique et démographique de l’immigration pourront-ils répondre de façon convaincante?

Une immigration, pas pour les mauvaises raisons

Marois et Dubreuil font avec ce livre une oeuvre de salubrité publique. Ils nettoient le terrain factuel sur lequel doit se fonder notre politique d’immigration et nos débats sur le sujet..

Nous souhaitons faire preuve de solidarité internationale ? Recevons les réfugiés, comme nous l’avons fait hier avec les Chiliens et les Haïtiens, les Vietnamiens et les autres.

Nous souhaitons faire preuve d’humanisme et réunir les familles des immigrants déjà parmi nous ? Ouvrons les bras, sachant que nous faisons ainsi une dépense, justifiée par notre statut de nation riche, pas un investissement.

Nous pensons que le Québec devrait être une société d’accueil, au même niveau que les autres nations occidentales (alors que nous sommes aujourd’hui, per capita, parmi les champions de l’immigration, davantage que les États-Unis et l’Europe) ? Alors faisons-le en connaissance de cause: cela nous coûtera cher, ne règlera aucun de nos problèmes économiques ou de vieillissement.

Mais nous le ferons à un niveau raisonnable, sans se faire d’illusion sur son impact économique ou démographique, et en procédant, enfin, à une sélection sérieuse qui mettra au processus toutes les chances de succès, pour la société d’accueil comme pour ceux qu’on souhaite accueillir.


Je n'ai pas lu le livre.
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Re: Immigration: des vérités qui dérangent

#2  Postby MathieuT » Mar 04, 2011 6:45 pm

Personnellement, je trouve que cela dresse un vision étroite de l'importance que l'on doit accorder à l'immigration.

Le Canada est perçu comme un chef de fil de la diplomatie international. Il est difficile de comprendre comment un pays si proche des États-Unis, pays à mainte fois critiqués, peut ainsi apparaître comme un exemple dans bien des situations. Je pense que le principal atout de notre Pays est cette dualité Anglaise et Française nous permettant une plus grande ouverture diplomatique que les États-Unis ou tout autre pays du Commonwealth n'ayant que l'Anglais comme langue officiel. Les Anglophones ne réalisent pas toujours l'importance que le Français occupe dans certaines régions du monde. Elle est la langue secondaire officielle de plusieurs pays, dont l'Algérie, la Tunisie, le Cambodge, le Burundi, les Congo, etc... pour ne nommer que ces quelques exemples. De plus, contrairement à la croyance générale, la diplomatie et la réputation d'un pays ne se joue pas uniquement au niveau de ses ambassadeurs, mais bel et bien et surtout au niveau du citoyen de base, qui pour diverses raisons, est amené à créer des contacts internationaux. Nous n'aurions pas les relations privilégié que nous entretenons avec la France aujourd'hui, si au Canada, mis à part quelques ambassadeurs, nous ne parlions que l'Anglais. C'est pour cette raison que tout Canadien, qu'il soit Anglais ou Français, se doit d'entretenir la santé des deux langues qui ont fait la fortune de notre Pays.

Mais nous Canadiens ne devons pas nous limiter à seulement deux langues, voir deux cultures majeures.

Dans un monde se dirigeant vers une mondialisation totale de l'économie, le Canada doit se préparer s'il veut rester un acteur significatif dans le monde. L'immigration est et sera toujours la clé des relations diplomatiques avec les pays d'émigrations, qui tôt ou tard, seront amené à rejoindre les rangs des pays industrialisés, si ce n'est pas déjà le cas.

Il est certain que d'un point de vue économique à court terme, nous soyons probablement perdant en intégrant dans notre société des étrangers n'ayant pas de diplômes valides, qui compétitionnent les emploies de bases, une denrée de plus en plus rare au Canada, et qui provoquent des bouleversement culturelles inévitables. Toutefois, cette perte économique et ces difficultés culturelles seront amortis au fur et à mesure que ces nouveaux citoyens auront trouvé leur place dans le pays. Et cette place, nous nous devons de les aider à la trouver.

L'importance d'avoir du multiculturalisme ne doit donc pas tant être associé à un sauvetage économique quelconque, ni pour amortir le choc du vieillissement de la population, mais plutôt comme l'ultime outil diplomatique que nous nous devons d'acquérir pour demeurer compétitif dans ce monde de fou!
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Re: Immigration: des vérités qui dérangent

#3  Postby aban57 » May 11, 2011 12:44 pm

je pense que les connotations associées au mot immigration varient selon les pays.

En France, quand on parle d'immigration, on sous-entend souvent l'Afrique du Nord (Algérie, Maroc) et les pays de l'Est.

En effet, ces 30 dernières années, 2 phénomènes ont été associés à ces populations :
-Les nord-africains (que beaucoup appellent vulgairement les "arabes", sans savoir à quel point c'est réducteur par rapport au sens réel du mot) se sont retrouvés regroupés dans des quartiers, des ZUP (zone à urbaniser prioritairement) à case de la classe politique de l'époque. Il en a découlé un "glissement" du sentiment identitaire, où l'on appartient à son ancien pays, puis son quartier, puis eventuellement à la France. Cela a entrainé, dans certains cas, la "ghettoisation" de quartiers complets, où la police ne peut entrer qu'en masse. Les pompiers doivent se faire escorter par la police pour y entrer.
Cet état de fait, plus quelques évènements symptomatiques de cette tendance (sifflements sur la Marseillaise lors de matches France - Algérie, débordements violents lors des défaites de l'Algérie à la CAN, et bien sûr les émeutes de 2006) ont alimenté un sentiment anti-immigrés dans une part de la population française.
-Les pays de l'Est, et principalement la Roumanie. Hérité de la méfiance envers les gitans, et alimenté par tous les actes de vandalisme commis à proximité de camps de gens du voyage, un gros sentiment de méfiance (dans le meilleur des cas) a été développé envers les roms, les gitans et les roumains. Ce sentiment a été bien utilisé par notre président actuel en septembre dernier lorsqu'il a décidé d'explulser des roms vers la Roumanie, au grand dam de la commission Européenne.

Pour en revenir au sujet du post, aucun politique en France ne se risquera à parler d'immigration choisie, ou alors avec parcimonie, pour les raisons que je viens d'exposer.
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